Les zodiaques sculptés des portails, et ce qu’ils comptent

Publié le 8 août 2026 · par Ariane Delcourt

Les zodiaques sculptés des portails, et ce qu’ils comptent
En bref

Sur des dizaines d’églises romanes et gothiques, une bande de douze signes court le long d’un portail, appariée à douze scènes de travaux agricoles. Ce n’est pas de l’astrologie : c’est un calendrier, et il se lit comme tel. Sa fonction première est de dire à quel moment de l’année on se trouve.

Douze signes, douze mois, et deux séries appariées

Le motif est très répandu en Europe occidentale entre le XIe et le XIIIe siècle. On le trouve sur les voussures des portails, sur les frises, sur les pavements, et plus tard sur les vitraux. Il associe systématiquement deux séries : les douze signes du zodiaque et les douze travaux des mois, une image de tâche agricole ou domestique par mois.

L’appariement est le point important. Le signe ne dit pas un caractère, il dit une date : il sert de repère astronomique pour situer le mois, exactement comme un almanach. La scène associée montre ce que l’on fait à ce moment-là, et ce qu’elle montre varie avec la latitude.

Un calendrier localisé, et c’est vérifiable

La série des travaux est un document sur l’agriculture de la région où le portail a été sculpté. Les vendanges se placent en septembre dans le Midi et en octobre plus au nord. L’abattage du porc, qui clôt souvent l’année, tombe en novembre ou en décembre selon les usages locaux. Le mois de l’oisiveté figurée, celui où l’on se chauffe devant un feu, se déplace de même.

Comparer deux séries prises à deux cents kilomètres l’une de l’autre est l’un des exercices les plus parlants que permette ce motif : la même grammaire d’images, appliquée à deux calendriers agricoles différents.

Les signes qui posent problème aux sculpteurs

Certains signes reviennent partout sous une forme stable, parce qu’ils désignent un animal familier : le bélier, le taureau, le lion, le scorpion, les poissons. D’autres demandent une convention, et cette convention se voit. Le verseau est presque toujours un personnage qui renverse une cruche. La balance est un instrument, souvent tenu par une main sortant du cadre. Le capricorne, animal composite, prend des formes très variables, et il n’est pas rare qu’il devienne un simple bouc.

Ces variations ne sont pas des erreurs : elles montrent qu’un atelier travaillait d’après des modèles graphiques, souvent copiés de manuscrits, et qu’il adaptait ce qu’il ne comprenait pas.

Ce que ces sculptures ne disent pas

On lit parfois que ces zodiaques prouveraient une astrologie savante pratiquée dans les chantiers médiévaux. Rien dans le motif ne le soutient. On n’y trouve ni planètes, ni maisons, ni aspects, c’est-à-dire aucun des éléments d’un thème. La série est un comput : elle organise le temps liturgique et agricole.

L’astrologie savante existe pourtant à la même époque, transmise par les traductions de l’arabe à partir du XIIe siècle. Mais elle vit dans les livres et les cours princières, pas sur les portails, et ses objets propres sont d’une autre nature : tables, instruments, traités.

Comment regarder une série sur place

Trois réflexes suffisent. Repérer d’abord le sens de lecture, qui commence le plus souvent en bas à gauche. Vérifier ensuite si la série est complète : beaucoup de portails ont perdu des claveaux, et les remplacements du XIXe siècle sont fréquents. Comparer enfin les travaux à la latitude du lieu, ce qui donne immédiatement une idée de la fidélité du programme à son terroir.

Questions fréquentes

Pourquoi l’année commence-t-elle parfois en mars ?

Parce que plusieurs comput médiévaux font commencer l’année au printemps. La série suit alors le cycle réel des travaux plutôt que le calendrier civil que nous employons.

Ces sculptures étaient-elles peintes ?

Très souvent, oui. Des traces de polychromie sont retrouvées régulièrement sous les surfaces abritées. L’aspect de pierre nue auquel nous sommes habitués est un état d’usure, pas un choix d’origine.

Trouve-t-on ce motif ailleurs que sur les églises ?

Oui, sur des pavements, des coffres, des manuscrits d’heures et plus tard sur des horloges monumentales. Le support change, l’appariement signe et travail reste le même.

A
L’auteur

Ariane Delcourt

Ariane Delcourt écrit sur l'ésotérisme en partant des objets qui l'ont fixé : verrières, tympans, cartes gravées, planches d'emblèmes. Elle s'intéresse moins à ce que ces savoirs affirment qu'à la façon dont ils ont été mis en images, pour qui, et à quel prix. Elle ne recommande aucune pratique et ne privilégie aucune confession.

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